Histoire du rooibos

par | 23 Sep 2018

Très populaire de nos jours, le rooibos est longtemps resté un produit discret apprécié de quelques amateurs éclairés. Il a depuis largement franchi les frontières de l’Afrique du Sud et sa popularité va grandissante. Son histoire fut toutefois intimement liée à celle ô combien perturbée et complexe de l’Afrique du Sud. Le marché du rooibos est aujourd’hui en pleine structuration, voire même désormais en phase de maturité.

L’histoire du rooibos en résumé

Le rooibos a probablement été découvert et utilisé par les populations indigènes Khoesan, Bushmen ou encore Hottentots du sud du pays, il y a plusieurs siècles. Il faudra attendre 1905 pour voir sa première commercialisation sous forme de thé sauvage récolté et vendu par un marchand russe du nom de Benjamin Ginsberg. La culture du rooibos n’a commencé que sous l’impulsion du Dr Nortier dans les années 1930 dans les Pakhuis Mountains.

L’intensification de la commercialisation se développe pendant la seconde guerre mondiale, en raison de la pénurie de varitable thé au sens strict. La création de la coopérative de Thé à Clanwilliam en 1948 stabilise l’industrie du rooibos. La production de rooibos ne cesse dès lors de s’accroître ; elle est aujourd’hui d’environ 10 000 tonnes par an.

Les débuts de l’histoire du rooibos

Le marchand d’origine russe, Benjamin Ginsberg, a l’intuition que le rooibos a du potentiel commercial. Il achète du rooibos aux descendants de familles khoekhoe et le revend sous l’appellation « thé des montagnes » et il créé ainsi la première marque de rooibos en 1940 : « 11 o’clock ». Aujourd’hui encore, cette marque est une des plus populaires en Afrique du Sud. Soucieux de pérenniser et de développer son affaire, Benjamin Ginsberg sélectionne la variété « rockland » dans le but d’une culture intensive et domestiquée. Cette nouvelle culture, bien adaptée au climat, peu consommatrice d’eau et d’engrais et donc peu coûteuse pour les agriculteurs de cette région aride est une aubaine.

benjamin ginsberg

Benjamin Ginsberg, le « père » du rooibos

Une filière contrôlée par l’État

La pénurie de thé noir pendant la seconde guerre mondiale va provoquer un accroissement rapide de la production de rooibos comme thé de substitution. Les producteurs s’organisent et fondent la première coopérative de production, la Clanwilliam Tea Cooperative en 1948. Le Ministère de l’Agriculture créé le Rooibos Tea Control Board (RTCB) en 1954.

La filière se structure mais seul le RTCB a le droit de commercialiser le rooibos. La production reste faible. Les ventes en Afrique du Sud sont de 850 tonnes par an en 1950 et 14 tonnes à l’étranger en vers la fin des années 60. Mais la popularité en Afrique du Sud n’a de cesse de s’accroitre.

Le développement local et international

En 1968, c’est une mère de famille de Pretoria qui provoque le déclic. Elle popularise les vertus anti-allergéniques du rooibos en particulier pour les enfants. En 1971, elle fonde sa propre entreprise qui devient en quelques années un des leaders du marché des cosmétiques à base de rooibos avec des filiales dans une dizaine de pays, c’est cette entreprise qui dépose la marque « Rooibos » aux États-Unis, marque aujourd’hui revenue dans le giron de l’Afrique du Sud en sa qualité d’Indicateur Géographique. (Lire aussi : La marque « Rooibos » accordée exclusivement à l’Afrique du Sud ) emballage premier rooibos

Fin de l’apartheid, début d’une aventure mondiale

La fin de l’apartheid entraîne la fin des restrictions à l’export des les produits sud-africains. Le développement international et la libéralisation de la filière motivent l’arrivée de nouveaux acteurs privés permettant au marché du rooibos de se développer d’autant plus rapidement. Le RTCB est privatisé en 1993. Les producteurs en deviennent actionnaires dans le cadre d’une société anonyme, Rooibos Ltd. Aujourd’hui encore, c’est l’acteur principal du secteur avec 70 % des parts de marché à l’export et 95 % du marché national. À partir de 1996, plusieurs entreprises privées de production et de transformation du rooibos sont formées, avec une visée claire pour l’export en particulier l’Europe et les Etats-Unis. La réforme foncière, de l’African National Congress (ANC) en 1994, permet à de plus petits producteurs d’acquérir des terres.

L’apparition des premières coopératives « non-blanches »

Deux coopératives de producteurs de « rooibos coloured » tirent leur épingle du jeu grâce à des stratégies de gammes tournées vers le commerce équitable et le rooibos Bio, d’une qualité supérieure. Cette organisation autonome de production de rooibos est structurée autour des coopératives Wupperthal Rooibos Tea Association et de la coopérative du Heiveld.

L’ensemble de leur production est d’environ 150 tonnes par an, soit l’équivalent de 15% de la production totale du pays. Wupperthal est située dans les montagnes du Cederberg. C’est une ancienne base missionnaire fondée en 1830 dont les terres ont été revendues par le diocèse. Les producteurs ont créé la Wupperthal Rooibos Tea Association en 1997, mais produisaient déjà du rooibos auparavant, sans structure comemrciale. Ils ont bénéficié de l’aide de l’ONG Asnapp pour maîtriser les aspects liés à la gestion et la vente du rooibos.

La coopérative du Heiveld est située sur le plateau du Suid-Bokkeveld. Elle a été créée en 2001 sur le modèle de celle de Wupperthal dont elle s’inspire en partie. Cette initiative locale a été soutenue lors de création par l’ONG Environmental Monitoring Group qui a collecté des fonds pour permettre aux « rooibosiculteurs » d’effectuer un voyage à Wupperthal. Ces deux communautés ont été formées pour aider les cultivateurs de rooibos, particulièrement ceux ayant été désavantagés pendant l’apartheid à cause de leur couleur de peau. Les récentes tensions autour de la politique agraire du gouvernement Sud-Africain qui vise à restituer au africains natifs certaines terres vendues a bas prix aux colons atteste de la sensibilité de ce sujet.

Aujourd’hui, le rooibos est source fiable de revenu pour de nombreux agriculteurs en dépit des aléas climatiques qui peuvent peser sur la filière. La demande mondiale de Rooibos ne cesse d’augmenter – et ses molécules intéressent les scientifiques également – ce qui attise une certaines tension sur les prix de ventes.